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Sarah Sze

On pourrait dire de Sarah Sze qu’elle s’est spécialisée dans l’invention de micro-mondes en apesanteur. Apparue sur la scène de l’art en 1996, l’artiste, basée à New York, s’est rapidement distinguée par des installations très aériennes, souvent conçues in situ, fusions lumineuses de sculpture et d’architecture. Ses matériaux sont issus du quotidien : objets d’usage courant, petite pacotille et quincaillerie ordinaire sont ici réunis dans un rituel de collecte logique et minutieux.

Car si les univers de Sarah Sze fourmillent et se dispersent en constellations invasives, ils n’en demeurent pas moins des mécaniques de précision, où le moindre détail agit sur l’ensemble. En 1999, lors de sa première exposition en France à la Fondation Cartier, l’artiste présente Everything That Rises Must Converge, installation composée d’échelles et d’innombrables petits objets qui envahissent le sol, le plafond et les parois vitrées du bâtiment par de multiples ramifications. S’enchaînent dans une composition très orchestrée des éponges, des bougies, des crackers et des cure-dents, des origamis en papier toilette, des tours d’allumettes et de Coton-Tige, pour une danse incroyablement chaotique et chancelante, et pourtant écrite et très structurée. Car les systèmes labyrinthiques de Sarah Sze font cohabiter des gestes simples (coller, assembler, empiler, encastrer, adosser), des objets ordinaires et un imaginaire ludique qui n’est pas sans rappeler quelques influences (les fascinantes machines de Tinguely et plus largement la poésie urbaine du Nouveau Réalisme, mais aussi Fischli & Weiss pour Der Lauf der Dinge et son fameux effet domino).

L’évocation de l’architecture et de la ville est un leitmotiv : lors d’une exposition personnelle à la galerie Tanya Bonakdar en 2010, Sara Sze déploie l’impressionnante installation The Uncountables (Encyclopedia) — “Les Innombrables (Encyclopédie)” — un équilibre virtuose de bois et d’étagères en métal, de bouteilles en plastique et de briques de lait. De très près, le visiteur scrute ces constructions échafaudées, ces axes de circulation improbables et ces parcours soutenus par des réseaux de fils et de câbles métalliques, plongé dans un microcosme qui renvoie à l’urbanisation croissante autant qu’à l’organique et au végétal. Les jeux d’échelle y sont vertigineux, et l’artiste aime osciller entre l’humble et le monumental, le jetable et le précieux, l’accessoire et l’essentiel.

Plusieurs de ses oeuvres reprennent dans leur titre l’évocation des galaxies, des constellations et des planètes : Untitled (Portable Planetarium, 2009) montre un étrange écosystème, immense maquette scientifique qui incorpore une myriade d’objets, de nombreux effets lumineux et différentes sources sonores. Sarah Sze rappelle ici la formation du cosmos ramené à l’échelle humaine : elle développe en outre une réflexion méditative sur notre propension à cartographier le monde, entre ordonnancement et chaos.

Pour Estuaire, l’artiste choisit d’expérimenter une esthétique et une technique assez éloignées de ses formes habituelles : pourtant, The Settlers (Les Colons) rappellent à maints égards ses œuvres antérieures, élégantes silhouettes en suspens qui offrent leur noirceur mate à la lumière, s’approprient l’espace et questionnent notre rapport à l’environnement.
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www.sarahsze.com
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Portrait © Éva Prouteau


POUR ESTUAIRE, SARAH SZE SIGNE THE SETTLERS

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