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C’est en découvrant le site qu’Erwin Wurm, attiré par l’entrée du canal et les bateaux à proximité de l’écluse, a choisi de poursuivre pour Estuaire son travail, entamé depuis deux ans, de détournement de différents moyens de locomotion. Avec la “Fat car”, il invente un équivalent de l’obésité pour une Porsche ; avec “House attack”, un pavillon se lance à l’assaut de la façade d’un musée. Ici un voilier abandonné se penche et se plie, irrésistiblement attiré par le fleuve. À la question “les objets ont-ils une âme ?”, Erwin Wurm répond “oui” avec un point d’exclamation.
Erwin Wurm a été très imprégné, dès ses années d’études à la Kunstakademie de Vienne, par les démarches des artistes Fluxus. Son travail conserve cette inspiration majeure qui invite à chercher l’art dans le mouvement même de la vie et dans les conditions de l’existence singulière. Tout en utilisant les objets du quotidien, la vidéo, le dessin, la photographie, l’œuvre d’Erwin Wurm s’inscrit résolument dans le champ des questionnements de la sculpture contemporaine : une sculpture qui aurait délaissé les moyens et les techniques traditionnels pour interroger les formes et l’espace avec la plus grande fluidité. Son œuvre, empreinte d’humour, fait basculer des moments ordinaires dans un univers absurde, comme en témoignent par exemple ses célèbres “One minute sculptures” réappropriables par chacun : avec une balle de tennis, une chaise, un seau comme accessoires, le volontaire est invité à respecter un protocole gestuel précis et à tenir la pose pendant une minute. |