{"id":1539,"date":"2016-11-29T12:32:10","date_gmt":"2016-11-29T11:32:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.estuaire.info\/?page_id=1539"},"modified":"2024-05-31T14:05:31","modified_gmt":"2024-05-31T13:05:31","slug":"felice-varini","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.estuaire.info\/fr\/felice-varini\/","title":{"rendered":"Felice Varini"},"content":{"rendered":"<img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-1540\" src=\"https:\/\/www.estuaire.info\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/felice_varini.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.estuaire.info\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/felice_varini.jpg 400w, https:\/\/www.estuaire.info\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/felice_varini-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.estuaire.info\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/felice_varini-300x300.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/>\n<p>Si l\u2019on peut arguer que toute \u0153uvre doit \u00eatre ressentie physiquement, celles de Felice Varini v\u00e9rifient particuli\u00e8rement l\u2019adage. Incursions magiques dans le r\u00e9el, les toiles du peintre se confrontent et se confondent avec l\u2019espace architectonique et urbain. Exit le cadre traditionnel de la peinture : l\u2019artiste d\u00e9ploie son \u0153uvre <em>in situ<\/em> et puise \u00e0 la source de l\u2019abstraction et de l\u2019art conceptuel la logique d\u2019une pratique formidablement concr\u00e8te et mat\u00e9rielle. \u00ab En g\u00e9n\u00e9ral, je parcours le lieu en relevant son architecture, ses mat\u00e9riaux, son histoire et sa fonction. \u00c0 partir de ces diff\u00e9rentes donn\u00e9es spatiales et en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la derni\u00e8re pi\u00e8ce que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9e, je d\u00e9finis un point de vue autour duquel mon intervention prend forme. \u00bb<\/p>\n<p>Son vocabulaire formel, en place depuis son installation en 1978 \u00e0 Paris, demeure simple et g\u00e9om\u00e9trique : carr\u00e9s, triangles, ellipses, cercles, rectangles ou lignes droites traversant le paysage ou l\u2019architecture.<\/p>\n<p>\u00ab Ces compositions appellent les trois couleurs primaires, des couleurs secondaires, et du noir et blanc. Mes peintures apparaissent d\u2019abord \u00e0 la personne sous forme d\u2019un trac\u00e9 d\u00e9construit qui ne lui \u00e9voque rien de familier ni de connu, d\u2019o\u00f9 la perturbation. Par le d\u00e9placement du corps, le trac\u00e9 initial vient \u00e0 appara\u00eetre progressivement dans sa forme compos\u00e9e. L\u2019\u0153uvre lui procure l\u2019illusion de se construire sous ses yeux. \u00bb Ce r\u00f4le actif du regardeur renseigne sur les qualit\u00e9s paradoxales de cette peinture : \u00e0 la fois d\u00e9finie par sa plan\u00e9it\u00e9 unifi\u00e9e et riche de mille et une fragmentations tridimensionnelles, \u00e0 la fois r\u00e9flexive \u2013 ne repr\u00e9sentant qu\u2019elle-m\u00eame dans la pure tradition moderniste \u2013 et d\u00e9bordant sans cesse sa forme initiale pour accentuer la r\u00e9alit\u00e9 qui la porte.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience est ind\u00e9niablement ludique : en parcourant le <em>Couloir des illusions<\/em> du ch\u00e2teau d\u2019Oiron, le visiteur d\u00e9couvre quatre segments qui \u00e9tirent leurs lignes bleues sur les ressauts, les vitres, les portes et les mod\u00e9natures. Cherchant la position qui ordonnerait cette vision \u00e9parse, il trouve la solution dans un miroir pos\u00e9 au sol, o\u00f9 les lignes reconstituent un cercle parfait selon quatre points de vue pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Ce type de jeu visuel, h\u00e9rit\u00e9 de la Renaissance et des exp\u00e9rimentations sur les perspectives et leurs aberrations, amorce une r\u00e9flexion plus large sur la fonction de la peinture : telle l\u2019anamorphose, les trac\u00e9s cach\u00e9s de Felice Varini ne se r\u00e9v\u00e8lent que dans une forme apparemment contradictoire de contemplation dynamique. Une r\u00e9flexion sur la vision qui motive pareillement sa pratique photographique : ses prises de vue d\u00e9masquent l\u2019envers du d\u00e9cor (un jardin que dissimule une cl\u00f4ture, la ligne d\u2019horizon que masque un b\u00e2timent de grande hauteur) ou jouent de d\u00e9calages temporels (un chemin enneig\u00e9 par l\u2019hiver exhib\u00e9 au plein coeur de l\u2019\u00e9t\u00e9) sur des \u00e9chelles parfois modestes, parfois monumentales (\u00e0 Mexico, 5 kilom\u00e8tres d\u2019images d\u00e9filant non stop \u00e0 travers les pare-brise des millions d\u2019usagers du <em>periferico<\/em>).<\/p>\n<p>Il est encore ici question de point de vue, de mise au point et de cadrage de la r\u00e9alit\u00e9, la grande affaire de Varini \u00e9tant de provoquer sensiblement \u00ab une tension entre le local et le global, ou, pour utiliser une terminologie ch\u00e8re \u00e0 Michel Serres, entre le paysage et le d\u00e9paysement, entre la randonn\u00e9e et la m\u00e9thode<sup>1<\/sup>. \u00bb<span class=\"infos_pratiques\">.<br \/>\n<\/span>&#8211; &#8211;<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.varini.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.varini.org<\/a><br \/>\n&#8211; &#8211;<br \/>\n<span class=\"infos_pratiques\">Note<br \/>\n1. Bernard Fibicher, extrait du texte Perspectives particuli\u00e8res et lieux communs, consultable sur le site de l\u2019artiste.<\/span><br \/>\n&#8211; &#8211;<br \/>\n<span class=\"infos_pratiques\">Photo \u00a9 St\u00e9phane Bellanger<br \/>\nPortrait \u00a9 \u00c9va Prouteau \u2013 Revue 303 n\u00b0 106, \u201cEstuaire, le paysage l\u2019art et le fleuve\u201d, 2009<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>POUR ESTUAIRE, FELICE VARINI SIGNE <a href=\"https:\/\/www.estuaire.info\/fr\/oeuvre\/suite-de-triangles-saint-nazaire-felice-varini-2007\/\"><em><strong>SUITE DE TRIANGLES SAINT-NAZAIRE 2007<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l\u2019on peut arguer que toute \u0153uvre doit \u00eatre ressentie physiquement, celles de Felice Varini v\u00e9rifient particuli\u00e8rement l\u2019adage. Incursions magiques dans le r\u00e9el, les toiles du peintre se confrontent et se confondent avec l\u2019espace architectonique et urbain. 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