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Huang Yong Ping

Entré en art comme en croisade, Huang Yong Ping est souvent décrit comme un artiste engagé. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Hangzhou, il s’imprègne de Dada, Wittgenstein, Foucault et Beuys, mais aussi du Yi King, de la philosophie zen et du taoïsme. Mû par une énergie radicale, l’artiste traverse l’avant-garde chinoise des années 1980 en créant le collectif Xiamen Dada : le mouvement, à caractère révolutionnaire, multiplie actions et manifestes contre le réalisme socialiste, et se voit vite interdit par le gouvernement.

En 1989, invité par le commissaire Jean-Hubert Martin à l’occasion de l’exposition « Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou, il décide de s’établir en France et commence à élaborer une pensée où règnent en vertus cardinales la confrontation, le contraste, l’échange et la coexistence de mondes spirituels et culturels.

L’oeuvre intitulée The History of Chinese Paintingand the History of Modern Western Art Washed in the Washing Machine for Two Minutes (1987-93) en est une belle expression : deux livres, une histoire de la peinture chinoise et un livre sur l’art moderne occidental, produisent par leur mélange dans une machine à laver une vraie bouillie — métaphore d’une union trop rapide entre les deux cultures, qui entraîne leur destruction respective, et allusion à peine voilée au marché de l’art international qui porte au pinacle les artistes chinois en même temps qu’il les broie. Face au chaos du monde, Huang Yong Ping éprouve un penchant certain pour l’échelle monumentale et les mythes ancestraux comme décodeurs possibles du contemporain. Sur un mode poétique mais virulent, il s’attaque souvent à la violence du présent par le biais de la figure animale : à la problématique des frictions entre cultures, il combine la tension entre l’homme et l’animal, qu’il mêle volontiers à l’actualité écologique planétaire.

Dans Péril de mouton, créée pour la Fondation Cartier en 1997, il met déjà en image une chaîne alimentaire déréglée, hantée par l’affaire de la vache folle. Depuis, il emploie volontiers les animaux naturalisés : Arche 2009, créée à l’ENSBA Paris, revisite le mythe de l’Arche de Noé, sans êtres humains mais avec des animaux plus ou moins calcinés, microsociété en survie marquée par la violence ; en 2009 également, l’installation L’Ombre blanche met en scène un éléphant en train de se défaire de son ancienne peau étalée sur le sol, dans un élan de renaissance surréelle ; en 2010, il expose au musée océanographique de Monaco une créature proche de la pieuvre, monumentale suspension de 25 mètres d’envergure, qui déploie ses huit tentacules menaçantes au plafond. Le titre de cette oeuvre spectaculaire, Wu Zei, condense plusieurs acceptions en chinois, combinant à la fois la seiche, l’encre marine et la marée noire : cette polysémie sied bien à Huang Yong Ping, dont les références politiques, écologiques, philosophiques ou religieuses prennent toujours en compte une réalité en continuelle oscillation entre le yin et le yang.

L’artiste est engagé certes, mais jamais dans une pensée monolythe. Ce que confirme son intervention à Saint-Brevin : pour Estuaire 2012, il imagine le très emblématique Serpent d’océan, créature mythique qui dessine un pont entre l’Orient et l’Occident, le fleuve et la mer, l’effroi et le rêve.
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Portrait © Éva Prouteau


POUR ESTUAIRE, HUANG YONG PING SIGNE SERPENT D’OCÉAN

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