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Jean-Luc Courcoult

On présente avant tout Jean-Luc Courcoult comme le cofondateur (avec Véronique Loève et Didier Gallot-Lavallée) de la compagnie Royal de Luxe, qui a vite préféré les rues et les places publiques aux salles de théâtre traditionnelles. Créée en 1979, installée du côté d’Aix-en-Provence puis à Toulouse, la compagnie débarque à Nantes en 1989. Elle développe alors une vaste entreprise de transmutation du quotidien, déjà amorcée dans les premières créations (Les Mystères du grand congélateur, 1980, et Le Bidet cardiaque, 1981) et prend son envol au début des années 1990, avec la création du spectacle La Véritable Histoire de France.

Cette parade parodique, où s’imbriquent machinerie inventive, comédiens costumés et musiciens live, orchestre une relecture flamboyante et burlesque de grands moments historiques. Le spectacle, présenté pour la première fois à Avignon sur la place du Palais des Papes en juillet 1990, voyage ensuite dans dix villes coproductrices, puis dans toute l’Europe en 1991. C’est le début des grandes tournées : avec Cargo 92, Royal de Luxe part en Amérique du Sud en compagnie du groupe La mano Negra, du chorégraphe Philippe Decouflé et du marionnettiste Philippe Genty. À bord du bateau qui les transporte, une des rues de Nantes est reproduite à l’identique par les soins de la compagnie, qui confirme son talent pour le réalisme magique des décors échelle 1. Puis arrivent Les Embouteillages, une performance nomade écrite pour une vingtaine de véhicules customisés qui parcourent le centre de Nantes entre 7h30 et 9h, sans rendez-vous plus précis fixé avec le public, ce qui deviendra l’une des signatures de Royal de Luxe.

En 1993, la compagnie décide d’approfondir ce même principe : raconter une histoire à une ville entière et créer la surprise pendant plusieurs jours. Ce sera Le Géant tombé du ciel, qui traverse Le Havre, Calais, Nîmes, Nantes et Bayonne. Depuis, Jean-Luc Courcoult et son équipe ont multiplié ce type d’apparitions gigantesques dans les villes du monde entier : ces marionnettes, animées par des lilliputiens en livrée 18e siècle, rappellent les mythologies et les contes ancestraux où ces êtres primordiaux sont associés à la cosmogonie et aux forces de la nature.

De Goliath à Gargantua, les géants ont une vitalité magique parfois redoutable : Jean-Luc Courcoult adoucit leur humanité, dans une esthétique « sépia » de bois, de métal et d’étoffes vieillies. Loin de s’enfermer dans d’étouffantes frontières culturelles, il métisse ses fictions de la matière de ses nombreux voyages (Retour d’Afrique, 1998 ; Petits Contes nègres, 1999 ; La Visite du sultan des Indes sur son éléphant à voyager dans le temps, 2005 ; Un conte mexicain issus de la saga des géants, 2010 ; El Xolo, 2011…) et semble également très influencé par l’imaginaire cinématographique dont il revisite plusieurs genres populaires (le péplum en 1994, le western en 2012).

À l’aune de trente années d’existence, la compagnie et sa tête pensante ont su fédérer une grande énergie collective, en coulisse comme dans le public : pourtant, les histoires du Royal de Luxe sont presque toutes peuplées de héros solitaires, aventuriers aux yeux emplis de spleen qui sillonnent le monde en rêvant d’ailleurs. Cette même mélancolie caractérise La Maison dans la Loire, première oeuvre d’art publique et pérenne réalisée par Jean-Luc Courcoult, qui livre isolée au milieu du fleuve une image surréaliste et spectaculaire.

Longtemps après la rue clonée de Cargo 92, l’artiste poursuit la réalité de l’autre côté du miroir, avec cette « peinture en 3D » merveilleuse et sinistre, qui remue les émotions intimes autant que les problématiques planétaires.
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www.royal-de-luxe.com
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Photo © Stéphane Bellanger
Portrait © Éva Prouteau


POUR ESTUAIRE, JEAN-LUC COURCOULT SIGNE LA MAISON DANS LA LOIRE

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